
Article de Julien Ricciarelli-Bonnal
27 novembre 2025
TPE/PME : une conjoncture 2025 sous tension
L’année 2025 devait marquer un tournant, une forme de respiration après plusieurs années de crises successives. Pourtant, une étude récente le confirme : une grande partie des TPE et PME françaises peine toujours à redresser durablement son activité, à recruter, à investir ou même à stabiliser son modèle. Le paradoxe est frappant : alors que les indicateurs macroéconomiques montrent des signaux de reprise, les entreprises de terrain ne ressentent pas cette embellie. Elles avancent, mais sans élan ; elles se redressent, mais sans confiance ; elles travaillent, mais avec la sensation que chaque progrès peut être remis en cause à tout moment. C’est cette tension permanente qui caractérise le paysage entrepreneurial de 2025.
Des signaux macro encourageants… mais des réalités micro très différentes
Les analyses nationales se veulent rassurantes : inflation plus stable, croissance modérée mais présente, consommation qui ne s’effondre pas, investissements industriels qui reprennent. Pourtant, dès que l’on quitte les tableaux statistiques pour revenir à la rue, aux ateliers, aux bureaux de proximité, le sentiment est tout autre. Beaucoup de TPE/PME confessent vivre dans une « reprise fragile », une sorte de zone grise où l’activité existe, mais sans dynamique franche. Elles travaillent davantage, mais ne retrouvent pas leur marge d’avant. Elles répondent aux demandes, mais ne parviennent pas à retrouver un niveau de trésorerie confortable. Elles embauchent parfois, mais avec une prudence presque réflexe.
Cette dissociation entre macro et micro n’est pas nouvelle, mais elle s’est accentuée en 2025. Les entreprises qui fonctionnaient déjà à flux tendu avant les crises se retrouvent aujourd’hui confrontées à un environnement hybride : une demande instable, une pression des coûts encore élevée, un marché du travail plus difficile et une concurrence plus structurée. C’est cette combinaison de facteurs qui explique pourquoi, malgré une amélioration globale, la réalité vécue reste complexe.
Des dirigeants pris en étau entre inflation des charges et manque de visibilité
Un des points les plus marquants de l’étude concerne la perception des dirigeants : pour eux, l’obstacle principal n’est pas la baisse d’activité, mais l’augmentation continue des charges. Entre l’énergie, les loyers, les assurances, les salaires, les plateformes numériques incontournables ou encore la fiscalité locale, la pression financière a atteint un seuil qui réduit mécaniquement la capacité d’investissement. Les chefs d’entreprise ne se demandent plus comment développer leur activité : ils se demandent comment absorber l’inflation structurelle qui grignote leur rentabilité mois après mois.
À cela s’ajoute un manque de visibilité qui empêche toute planification sérieuse. Les TPE/PME doivent composer avec un environnement réglementaire instable, des aides fluctuantes, des réformes qui arrivent tard et des obligations administratives qui continuent de s’accumuler. Beaucoup de dirigeants, épuisés par cinq années successives d’adaptation forcée, confient ne plus avoir l’énergie de se projeter à deux ans. Cette fatigue décisionnelle explique une partie du ralentissement des embauches et des investissements, même dans les entreprises dont l’activité se maintient.

Le paradoxe commercial : plus de contacts, moins de conversions
L’étude souligne un phénomène qui surprend de nombreux dirigeants : l’activité commerciale ne manque pas forcément. Les entreprises reçoivent des demandes, des appels, des devis, des sollicitations, mais les taux de conversion se tassent. La prudence des clients, la comparaison permanente des prix, la généralisation des offres low-cost et la montée des solutions automatisées créent une pression sur la valeur perçue. Les entreprises doivent non seulement convaincre davantage, mais aussi justifier un prix qui augmente mécaniquement à cause des coûts.
C’est dans ce contexte que certaines PME se tournent vers des actions de relations publiques pour renforcer leur crédibilité, car l’enjeu n’est plus seulement d’être visible, mais d’être perçu comme fiable, professionnel et durable. Lorsqu’une entreprise parle dans un marché anxieux, elle doit parler plus clairement, plus justement, plus stratégiquement. C’est précisément ce qui pousse d’autres dirigeants à repenser leur positionnement, leur offre, leur manière de se présenter ou à solliciter du consulting marketing pour retrouver une cohérence et reconstruire une trajectoire claire.
2025, l’année du tri stratégique
Ce qui ressort de cette étude, au-delà des chiffres, c’est que 2025 est devenue une année de tri. Les entreprises qui avancent sont celles qui ont simplifié leur modèle, clarifié leurs offres, renforcé leurs marges, amélioré leur lisibilité et investi dans ce qui compte réellement. Les autres, souvent par surcharge opérationnelle ou manque de temps, restent suspendues entre volonté de reprendre et incapacité à accélérer.
Le marché ne se contracte pas : il se réorganise. Les secteurs qui avaient profité d’une forme d’emballement artificiel reviennent à la normale ; ceux qui souffraient avant 2020 souffrent encore davantage ; ceux qui avaient une cohérence forte continuent de progresser, même timidement. Ce n’est pas une crise, c’est une redistribution. Et dans cette redistribution, les entreprises qui réussiront seront celles qui auront accepté de revoir leurs fondamentaux : structure, offre, message, marge, acquisition, cohérence interne.
L’étude ne dit pas que 2025 sera une mauvaise année ; elle dit que 2025 ne sera pas une année confortable. Et c’est cette nuance qui doit guider les dirigeants. Le redressement ne viendra pas seul : il devra être construit, consolidé, ajusté. Les entreprises qui attendent un retour “à la normale” risquent d’attendre longtemps ; celles qui acceptent que la norme a changé bâtiront leur avantage.
Rédigé par Julien Ricciarelli-Bonnal
27 novembre 2025

