
Article de Julien Ricciarelli-Bonnal
27 mars 2026
Faillites d’entreprises : pourquoi la vague ne redescend pas
Depuis plusieurs mois, les défaillances d’entreprises se maintiennent à des niveaux élevés en Europe, avec des hausses particulièrement visibles dans des secteurs comme la construction ou le commerce, et contrairement à ce que beaucoup espéraient, il ne s’agit plus d’un simple effet de rattrapage post-Covid, mais bien d’une tendance qui s’installe dans la durée.
Ce que l’on observe aujourd’hui n’est pas une crise brutale, mais une usure progressive du tissu économique, une fatigue structurelle qui touche des entreprises pourtant viables sur le papier, mais fragilisées par une accumulation de contraintes qu’elles n’avaient jamais eu à gérer simultanément.
La fin des amortisseurs
Pendant plusieurs années, les aides publiques ont joué un rôle d’amortisseur massif, permettant à des milliers d’entreprises de tenir malgré une activité ralentie ou désorganisée, ce qui a mécaniquement repoussé une partie des défaillances.
Aujourd’hui, ces dispositifs ont disparu, et avec eux une forme de protection artificielle qui masquait certaines fragilités. Les entreprises se retrouvent confrontées à leur réalité économique brute, avec des charges qui augmentent, des marges qui se réduisent et une trésorerie souvent sous tension.
Ce basculement agit comme un révélateur : ce qui tenait grâce au soutien extérieur doit désormais tenir seul.
Une accumulation de pressions
Le problème ne vient pas d’un seul facteur, mais d’un empilement. Inflation persistante, coûts de l’énergie, hausse des taux d’intérêt, difficultés de recrutement, ralentissement de certains marchés : chaque élément pris isolément est gérable, mais leur combinaison crée une pression continue.
Beaucoup de dirigeants ne font pas face à un choc unique, mais à une érosion lente de leur modèle. Les marges se contractent, les délais s’allongent, les clients négocient davantage, et chaque décision devient plus risquée.
Dans ce contexte, la moindre erreur de pilotage peut avoir des conséquences immédiates.
Pourquoi certaines entreprises tiennent encore
Toutes les entreprises ne sont pas touchées de la même manière, et c’est précisément ce qui rend la situation intéressante à analyser. Certaines structures parviennent à absorber ces tensions, à ajuster leur modèle et à maintenir leur activité.
Ce qui les distingue n’est pas uniquement leur secteur ou leur taille, mais leur capacité à anticiper, à structurer et à décider rapidement. Elles savent où elles gagnent de l’argent, où elles en perdent, et elles agissent en conséquence.
Dans bien des cas, cette lucidité passe par un travail de clarification en amont, parfois à travers une audit stratégique, qui permet d’identifier les zones de fragilité réelles et les leviers d’action concrets plutôt que de naviguer à vue.

Le piège du “ça va repartir”
À l’inverse, certaines entreprises restent dans une forme d’attentisme, en espérant un retour à la normale qui tarde à venir. Cette posture est compréhensible, mais elle devient dangereuse lorsqu’elle empêche d’agir.
Le marché a changé, les conditions ont évolué, et attendre que tout redevienne comme avant revient souvent à perdre un temps précieux. Ce qui fonctionnait hier ne fonctionne plus forcément aujourd’hui, et continuer à appliquer les mêmes recettes peut accélérer les difficultés.
C’est souvent dans cette inertie que les situations se dégradent le plus rapidement.
Une question de structure, plus que de conjoncture
Ce que révèle cette vague de défaillances, ce n’est pas seulement une conjoncture difficile, mais un problème de structure. Beaucoup d’entreprises se sont construites dans un environnement plus favorable, avec des coûts plus stables et une visibilité plus grande.
Aujourd’hui, cet environnement a disparu, et seules celles qui parviennent à adapter leur organisation, leur positionnement et leur stratégie continuent à tenir dans la durée.
C’est précisément dans ce type de contexte que la structuration marketing et commerciale devient centrale, non pas comme un levier de croissance immédiate, mais comme un outil de cohérence et de pilotage, ce que permet notamment une expertise marketing et communication pensée pour aligner discours, offre et réalité économique.
Une vague qui redéfinit le paysage
La hausse des faillites n’est pas uniquement une mauvaise nouvelle. Elle agit aussi comme un mécanisme de sélection, en redéfinissant progressivement le paysage économique.
Des acteurs disparaissent, d’autres s’adaptent, et de nouvelles structures émergent avec des modèles plus légers, plus agiles, souvent mieux alignés avec les contraintes actuelles.
Ce mouvement peut sembler brutal, mais il traduit une transformation plus profonde du tissu entrepreneurial.
Comprendre plutôt que subir
Face à cette situation, la vraie question n’est pas de savoir si la vague va s’arrêter, mais comment s’y positionner. Subir ou comprendre, attendre ou ajuster, maintenir ou transformer.
Les entreprises qui traversent le mieux cette période ne sont pas celles qui n’ont pas de difficultés, mais celles qui les regardent en face et qui structurent leurs décisions en conséquence.
Et dans un environnement où tout devient plus exigeant, cette capacité à comprendre avant d’agir fait souvent toute la différence.
Rédigé par Julien Ricciarelli-Bonnal
27 mars 2026

