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Carnet de Julien Ricciarelli-BonnalActualitéMarketing et communicationGoogle redonne du pouvoir aux marques médias dans un moteur qui leur en avait beaucoup retiré

23 août 2026
Julien Ricciarelli-Bonnal

Article de Julien Ricciarelli-Bonnal

23 août 2026

L’essentiel

Google renforce son système de sources préférées et permet désormais aux éditeurs d’inciter directement leurs lecteurs à les sélectionner. Plus de 600 000 sources uniques auraient déjà été choisies, et Google affirme qu’un utilisateur clique deux fois plus souvent vers un site lorsqu’il l’a défini comme source préférée. Derrière cette fonctionnalité se dessine une évolution importante pour le SEO et les médias : la visibilité ne dépend plus uniquement de la pertinence algorithmique d’une page, mais commence aussi à intégrer la relation qu’un lecteur entretient avec une source. Après avoir longtemps individualisé les contenus, Google semble redonner une valeur directe à la marque éditoriale.

google

Pendant des années, le SEO a poussé les éditeurs à raisonner principalement en pages. Une requête, un sujet, une intention, un contenu capable d’apparaître au bon moment. L’internaute pouvait arriver sur un article sans réellement savoir qui l’avait publié, obtenir son information puis retourner dans Google quelques secondes plus tard.

Cette logique a considérablement renforcé le rôle du moteur comme intermédiaire. Pour de nombreux sites, Google est devenu moins un moyen d’être découvert qu’un environnement auquel il fallait continuellement prouver que chaque nouvelle page méritait d’être distribuée.

L’arrivée des réponses générées par IA a encore accentué cette tension. Lorsqu’un moteur peut synthétiser plusieurs sources avant même que l’utilisateur ne visite un site, la question n’est plus seulement de savoir comment obtenir une bonne position. Il faut également donner une raison au lecteur de vouloir retrouver une source particulière.

Preferred Sources donne désormais à cette fidélité une traduction beaucoup plus concrète.

Google réintroduit la source dans une expérience qui l’avait progressivement effacée

Le principe est relativement simple. Un utilisateur peut indiquer à Google quels sites il souhaite voir davantage dans ses résultats d’actualité. Les contenus de ces sources peuvent ensuite être davantage mis en avant dans Top Stories ainsi que dans les expériences IA de Search.

Google permet également aux éditeurs d’intégrer directement sur leur site un bouton invitant leurs lecteurs à les ajouter à leurs sources préférées. Le geste est loin d’être anodin : le média ne demande plus uniquement de s’abonner à une newsletter, d’activer une notification ou de revenir directement sur son site. Il peut désormais demander à son audience de modifier la manière dont Google lui distribuera ses contenus.

La fonctionnalité prend encore plus de relief parce qu’elle s’inscrit dans un mouvement plus large de personnalisation. Discover permet déjà de suivre davantage les éditeurs et les créateurs appréciés par l’utilisateur, tandis que Google renforce parallèlement la personnalisation de ses flux et de ses expériences d’actualité.

Pendant longtemps, les plateformes ont surtout cherché à deviner ce que les internautes voulaient voir. Elles leur demandent maintenant de plus en plus souvent de le dire.

La fidélité devient un signal de distribution

Pour les éditeurs, la différence est importante. Le référencement traditionnel repose largement sur la capacité d’un contenu à répondre à une requête ou à correspondre aux critères utilisés par les systèmes de classement. La relation entre le lecteur et le média pouvait améliorer indirectement les performances, mais elle restait rarement aussi explicite.

Avec les sources préférées, un lecteur peut envoyer un signal beaucoup plus fort : lorsqu’un sujet donné apparaît, il souhaite voir davantage ce que cette publication en dit.

Google indique d’ailleurs que les internautes sont deux fois plus susceptibles de cliquer vers un site après l’avoir défini comme source préférée. Le chiffre ne signifie évidemment pas qu’un média doublera automatiquement son trafic dès qu’il activera le bouton, mais il montre la puissance potentielle d’une audience qui ne reconnaît plus seulement un article, mais sa provenance.

Cela redonne une valeur particulière à la marque éditoriale. Deux contenus peuvent traiter exactement du même sujet, avec un niveau de qualité comparable, tout en bénéficiant d’une relation très différente avec leurs lecteurs. Celui qui a réussi à devenir une référence identifiable possède alors un avantage qui ne dépend plus entièrement du contenu publié ce jour-là.

Le SEO ne disparaît pas. Il commence simplement à intégrer quelque chose qu’il avait parfois poussé les producteurs de contenus à négliger : être recherché pour ce que l’on publie compte, mais être recherché pour qui l’on est peut compter davantage.

Les médias ont passé des années à construire du trafic plutôt qu’une audience

Cette évolution met aussi en lumière une fragilité ancienne. Beaucoup d’éditeurs ont construit leur croissance en optimisant leur visibilité sur les plateformes sans toujours réussir à transformer cette visibilité en relation durable.

Un visiteur provenant de Google peut lire un article parfaitement optimisé sans retenir le nom du média. Le trafic existe, les impressions sont comptabilisées et la page peut atteindre une position enviable, mais la relation avec le lecteur reste inexistante. Lorsque l’algorithme change ou qu’une nouvelle interface réduit les clics, une partie de cette audience disparaît parce qu’elle n’avait jamais réellement appartenu au média.

Les marques les plus solides ont généralement travaillé autrement. Elles ont construit une identité éditoriale suffisamment claire pour que leurs lecteurs sachent ce qu’ils viennent chercher chez elles : une expertise, une manière de traiter l’information, une spécialisation, une confiance ou simplement un ton qu’ils ne retrouvent pas ailleurs.

Preferred Sources récompense potentiellement davantage ce travail de long terme. Pour être choisi, un site doit d’abord être reconnu.

Cela change également la question posée aux responsables SEO. Il ne suffit plus de savoir combien de personnes arrivent depuis Google. Il devient intéressant de savoir combien d’entre elles seraient suffisamment attachées à la source pour demander à Google de la privilégier à l’avenir.

L’IA rend la marque encore plus importante, pas moins

L’évolution paraît presque paradoxale. Plus Google automatise la réponse, synthétise l’information et réduit parfois la nécessité de visiter plusieurs pages, plus il semble chercher parallèlement des mécanismes permettant de faire ressortir les sources auxquelles les utilisateurs accordent de la valeur.

Ce mouvement répond probablement à une limite fondamentale des expériences génératives. Une synthèse peut réunir efficacement plusieurs informations, mais elle ne remplace pas totalement la confiance accordée à une publication, à un expert ou à une marque particulière. Lorsqu’un sujet devient sensible, complexe ou simplement important pour l’utilisateur, savoir qui parle conserve une valeur considérable.

C’est aussi ce qui rapproche progressivement SEO et réputation. Être techniquement accessible, correctement indexé et bien structuré reste indispensable, mais ces qualités ne suffisent pas à créer une préférence. Une marque média doit également produire suffisamment de valeur distinctive pour que son audience souhaite la retrouver indépendamment de la manière dont Google organise ses résultats.

Pour construire une visibilité qui repose autant sur la reconnaissance de la marque que sur la performance de ses contenus, les entreprises devront donc cesser d’opposer référencement et identité éditoriale. Les deux commencent à se rejoindre beaucoup plus directement.

Le SEO pourrait revenir à une question qu’il avait presque oubliée

Preferred Sources ne bouleverse pas encore à lui seul l’économie de la recherche. Les utilisateurs doivent effectuer volontairement la sélection, toutes les sources ne bénéficieront évidemment pas du même niveau d’adoption et les algorithmes continueront à jouer un rôle dominant dans la distribution.

Mais le signal envoyé par Google mérite d’être observé. Après des années au cours desquelles les éditeurs ont appris à optimiser chaque page pour obtenir une place dans un environnement contrôlé par le moteur, Google commence à leur permettre de transformer une partie de leur audience en préférence explicite.

Pour les médias comme pour les marques qui produisent régulièrement des contenus, cela pourrait faire évoluer certaines priorités. Obtenir un clic reste utile. Faire revenir un lecteur devient plus précieux. Lui donner envie de sélectionner volontairement la source peut l’être davantage encore.

Le meilleur référencement ne consistera donc peut-être plus seulement à apparaître lorsque quelqu’un pose une question. Il faudra aussi devenir la source que cette personne souhaite retrouver lorsqu’elle la posera à nouveau.

Google n’abandonne évidemment pas son pouvoir de distribution. Mais en permettant aux internautes d’introduire directement leurs préférences dans cette mécanique, il redonne aux marques médias une petite partie du contrôle qu’elles avaient progressivement perdu.

Et dans un Web où l’IA rend les contenus toujours plus faciles à produire, cette reconnaissance pourrait devenir l’un des rares avantages réellement difficiles à automatiser.

Nous accompagnons les entreprises qui souhaitent renforcer leur visibilité, leur positionnement éditorial et la reconnaissance de leur marque dans les nouveaux environnements de recherche.

Rédigé par Julien Ricciarelli-Bonnal

23 août 2026

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