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Carnet de Julien Ricciarelli-BonnalActualitéLe magasin physique n’est peut-être pas mort : Sinsay prévoit encore des centaines d’ouvertures

21 septembre 2026
Julien Ricciarelli-Bonnal

Article de Julien Ricciarelli-Bonnal

21 septembre 2026

L’essentiel

Le commerce physique devait être progressivement marginalisé par l’e-commerce. Pourtant, certaines enseignes continuent d’ouvrir des magasins à un rythme spectaculaire. LPP prévoit encore environ 750 nouveaux magasins Sinsay en 2026, alors même que le groupe développe parallèlement ses ventes en ligne. Ce mouvement ne signifie pas que le digital recule. Il montre plutôt que l’opposition entre magasin et e-commerce devient de moins en moins pertinente. Lorsque le format, le prix, l’emplacement et l’expérience correspondent aux attentes du marché, le point de vente physique peut rester un puissant outil de croissance, d’acquisition et de présence territoriale.

Depuis une quinzaine d’années, la mort du magasin physique revient régulièrement dans les prédictions sur l’avenir du commerce. L’essor d’Amazon, la progression du e-commerce, les applications mobiles puis les nouveaux usages numériques semblaient devoir réduire progressivement le rôle des boutiques à quelques secteurs où le produit devait encore être touché, essayé ou conseillé.

La réalité s’est révélée beaucoup moins linéaire. Certaines enseignes ont effectivement réduit leur parc, fermé des magasins devenus trop coûteux ou déplacé une part importante de leur activité vers Internet. D’autres continuent pourtant à ouvrir des centaines de points de vente tout en investissant simultanément dans le numérique.

Sinsay en fournit aujourd’hui une illustration particulièrement spectaculaire. LPP prévoit environ 750 nouvelles ouvertures pour l’enseigne en 2026. Cette expansion intervient alors que le groupe affiche une forte croissance et ne renonce absolument pas au commerce en ligne. Le magasin physique n’est donc pas utilisé comme un refuge contre le digital, mais comme l’une des composantes d’un modèle de distribution beaucoup plus large.

Ce contre-exemple rappelle surtout qu’un canal ne disparaît pas simplement parce qu’un autre devient plus performant. Sa valeur dépend de ce qu’il apporte au modèle économique, au client et à la marque.

Le commerce en ligne n’a pas supprimé le besoin de proximité

L’e-commerce a apporté des avantages impossibles à contester. Il permet de consulter une offre à toute heure, de comparer rapidement plusieurs produits, d’accéder à un catalogue beaucoup plus large et d’acheter sans se déplacer. Pour les entreprises, il ouvre également des marchés sans nécessiter une présence physique dans chaque zone géographique.

Mais cette efficacité n’a jamais supprimé totalement la valeur de la proximité. Un magasin ne sert pas seulement à réaliser une transaction. Il rend une marque visible dans un territoire, lui permet d’être découverte sans recherche préalable, donne immédiatement accès aux produits et réduit parfois fortement l’effort nécessaire pour acheter.

Cette dernière dimension est particulièrement importante pour les enseignes positionnées sur des achats relativement accessibles et fréquents. Le consommateur n’organise pas nécessairement une recherche approfondie avant chaque achat. Il peut entrer dans un magasin parce qu’il passe devant, parce qu’il connaît déjà l’enseigne ou parce qu’il souhaite repartir immédiatement avec le produit.

Le point de vente devient alors simultanément un canal commercial et un outil d’acquisition. Sa vitrine, son emplacement et le passage qu’il génère peuvent accomplir une fonction qu’une campagne numérique doit parfois acheter en permanence.

Sinsay ne choisit pas entre magasins et digital

C’est probablement l’une des erreurs les plus persistantes lorsqu’on analyse l’évolution du commerce : considérer les canaux comme des concurrents qui devraient finir par s’éliminer.

Une enseigne disposant d’un réseau physique important n’est pas nécessairement en retard dans sa transformation numérique. Une entreprise réalisant une part croissante de ses ventes en ligne n’a pas davantage intérêt, par principe, à réduire ses magasins. La question pertinente est de comprendre ce que chaque canal apporte et comment les différents parcours se renforcent.

Un client peut découvrir une enseigne dans un centre commercial, acheter ensuite sur son site, revenir dans un magasin quelques semaines plus tard puis utiliser à nouveau le digital pour consulter l’offre. À l’inverse, une recherche en ligne peut faire connaître une marque avant qu’une boutique située à proximité ne transforme finalement l’intention en achat.

La frontière entre commerce physique et commerce numérique devient donc moins nette que les statistiques de vente par canal ne le laissent penser. La transaction finale n’indique pas toujours où la préférence s’est construite.

C’est aussi pourquoi il faut regarder la valeur d’un canal au-delà du seul chiffre d’affaires qu’il génère. Un magasin peut produire directement des ventes, mais également améliorer la notoriété locale, rassurer les clients, faciliter les retours ou augmenter la fréquence de contact avec la marque. À l’inverse, un canal apparemment rentable peut devenir beaucoup moins intéressant s’il coûte trop cher à exploiter ou détourne de la valeur des autres points de contact.

Le magasin n’est pas mort, certains formats le sont peut-être

La multiplication des ouvertures de Sinsay ne signifie évidemment pas que tous les commerces physiques disposent soudainement d’un avenir radieux. Des magasins continuent de fermer et certaines enseignes historiques souffrent précisément parce que leur réseau a été construit pour des comportements qui ont changé.

Le véritable enseignement est probablement ailleurs. Le magasin physique ne constitue pas un modèle économique en soi. Il n’est qu’un format, dont la pertinence dépend de son coût, de son emplacement, de son assortiment et de la proposition de valeur qu’il porte.

Un grand point de vente installé dans une zone où la fréquentation baisse, supportant des loyers importants et proposant une offre facilement substituable sur Internet peut devenir extrêmement fragile. À quelques kilomètres, une enseigne plus accessible, plus flexible et mieux alignée sur les attentes locales peut continuer à attirer des clients et justifier de nouvelles implantations.

Le numérique a donc moins tué le magasin qu’il n’a supprimé une partie de son immunité. Pendant longtemps, disposer d’un emplacement physique constituait presque automatiquement un avantage parce que les alternatives étaient limitées. Aujourd’hui, le consommateur peut commander depuis son canapé. Pour mériter le déplacement, le magasin doit offrir une raison suffisamment claire d’exister.

Cette raison n’est pas nécessairement spectaculaire. Elle peut être le prix, la proximité, la disponibilité immédiate, la simplicité du parcours ou un assortiment adapté. L’expérience physique ne doit pas obligatoirement devenir immersive ou théâtrale. Elle doit surtout être utile.

L’expansion physique peut également devenir une stratégie de conquête

Ouvrir des centaines de magasins possède enfin une dimension que l’analyse purement transactionnelle sous-estime facilement : occuper le terrain.

Chaque nouvelle implantation rend la marque plus familière. Une enseigne jusque-là essentiellement connue dans certaines régions peut progressivement devenir une présence quotidienne dans davantage de villes. Cette répétition construit une notoriété que le digital peut ensuite amplifier.

Le magasin agit alors comme un média permanent. Il expose le nom, les produits et le positionnement à des milliers de personnes qui n’auraient peut-être jamais recherché spontanément l’enseigne sur Google ou sur une marketplace. Dans les villes moyennes ou les territoires où la concurrence physique est moins intense, cette présence peut devenir particulièrement puissante.

Pour une entreprise en expansion, le choix des canaux relève donc d’une véritable stratégie de commercialisation et de développement. La question n’est pas de suivre le mouvement supposé du marché, mais d’identifier les endroits où l’entreprise crée le plus de valeur et les conditions dans lesquelles ces canaux peuvent se renforcer mutuellement.

Cette logique explique pourquoi les annonces massives d’ouvertures restent intéressantes dans une économie pourtant largement numérisée. Elles ne témoignent pas forcément d’un retour en arrière. Elles peuvent au contraire révéler une compréhension beaucoup plus moderne de la distribution.

Le vrai changement est peut-être la fin de la guerre entre le physique et le digital

Le récit de la disparition des magasins reposait sur une intuition compréhensible : si le consommateur peut acheter plus facilement depuis chez lui, il finira nécessairement par moins se déplacer. Une partie de cette prédiction s’est réalisée. Le commerce en ligne a profondément redistribué les volumes et obligé des secteurs entiers à revoir leur fonctionnement.

Mais transformer cette évolution en remplacement complet était probablement trop simple.

Les entreprises les plus intéressantes à observer aujourd’hui ne sont pas forcément celles qui ont choisi définitivement leur camp. Ce sont souvent celles qui utilisent le numérique lorsqu’il apporte de la commodité, le magasin lorsqu’il apporte de la proximité et les deux lorsqu’ils peuvent améliorer ensemble l’expérience et la performance commerciale.

Les centaines d’ouvertures prévues par Sinsay ne prouvent donc pas que le magasin a gagné sa bataille contre Internet. Il n’y a probablement plus de bataille à gagner.

Elles rappellent quelque chose de beaucoup plus pragmatique : un canal reste pertinent aussi longtemps qu’il répond mieux que les autres à une partie du besoin du client et qu’il contribue réellement au modèle économique.

Le magasin physique n’est peut-être pas revenu d’entre les morts. Il n’était simplement jamais mort partout.

Si votre entreprise doit arbitrer entre plusieurs canaux de vente, renforcer sa distribution ou repenser son développement commercial, nous pouvons vous accompagner dans ces décisions sans opposer artificiellement les leviers qui peuvent fonctionner ensemble.

Rédigé par Julien Ricciarelli-Bonnal

21 septembre 2026

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