(+33) 09 72 14 88 31 - (+33) 06 95 80 79 23
info@ricciarelli.eu
23 Av. René Coty, 75014 Paris (France)

Suivez-nous :

Carnet de Julien Ricciarelli-BonnalActualitéIAAmazon vient de faire basculer le calendrier des achats de Noël

10 octobre 2026
Julien Ricciarelli-Bonnal

Article de Julien Ricciarelli-Bonnal

10 octobre 2026

L’essentiel

Les Prime Big Deal Days organisés les 6 et 7 octobre ont contribué à porter les ventes en ligne des détaillants américains à 9,86 milliards de dollars en deux jours. Plus révélateur encore, plus d’un tiers des acheteurs ayant participé à l’opération déclaraient avoir déjà réalisé au moins la moitié de leurs achats de fêtes. Amazon ne se contente donc plus d’organiser une grande promotion avant Noël : il contribue à déplacer le moment où la demande se déclenche. Le Black Friday reste un rendez-vous commercial majeur, mais il perd progressivement son statut de véritable coup d’envoi. Pour les marques, la saison de Noël commence désormais beaucoup plus tôt.

Pendant longtemps, le calendrier commercial de la fin d’année paraissait relativement lisible. Les entreprises préparaient leurs stocks et leurs campagnes pendant l’automne, le Black Friday ouvrait la grande période promotionnelle, puis décembre concentrait l’essentiel de la tension commerciale jusqu’à Noël. Ce schéma n’a évidemment jamais été aussi simple dans la réalité, mais il donnait aux marques, aux distributeurs et aux consommateurs quelques points de repère suffisamment puissants pour organiser le marché.

Amazon est en train de modifier cette architecture. Ses Prime Big Deal Days d’octobre ne constituent plus seulement une opération promotionnelle supplémentaire insérée entre la rentrée et le Black Friday. Selon Retail Dive, les deux journées des 6 et 7 octobre ont contribué à générer 9,86 milliards de dollars de ventes en ligne chez les détaillants américains. Le chiffre ne mesure donc pas les ventes d’Amazon à lui seul, ce qui rend le phénomène encore plus intéressant : l’événement créé par Amazon entraîne désormais une partie beaucoup plus large du commerce électronique américain dans son calendrier.

Le vrai pouvoir d’Amazon est peut-être de décider quand le marché commence à acheter

L’un des enseignements les plus importants de cette édition ne se trouve pas uniquement dans le volume des ventes. Plus d’un tiers des acheteurs des Prime Big Deal Days avaient déjà réalisé au moins la moitié de leurs achats de fêtes pendant l’opération. Dans le même temps, les intentions déclarées de participer au Black Friday et au Cyber Monday ont reculé respectivement de quatre et cinq points par rapport à l’édition précédente. Cela ne signifie évidemment pas que novembre vient de perdre son importance. Mais une partie du budget qui aurait autrefois attendu le Black Friday est désormais mobilisée plusieurs semaines plus tôt.

C’est un déplacement considérable du rapport de force commercial. Lorsqu’une entreprise organise une promotion, elle cherche généralement à capter une demande existante. Amazon parvient progressivement à faire davantage : créer une date suffisamment importante pour que les consommateurs avancent leurs décisions d’achat et que les concurrents adaptent eux-mêmes leurs promotions. La moitié des acheteurs interrogés pendant les Prime Big Deal Days comparaient d’ailleurs les prix avec ceux d’autres distributeurs. Amazon n’a donc pas besoin de réaliser lui-même chaque vente pour imposer son rythme. Il suffit que son événement devienne le moment où le consommateur commence sérieusement à comparer, arbitrer et acheter.

C’est peut-être l’une des formes de puissance les moins visibles des grandes plateformes. Leur influence ne porte plus seulement sur les prix, la distribution ou la visibilité des produits. Elles peuvent aussi organiser le temps commercial. Lorsqu’Amazon annonce un événement suffisamment puissant pour pousser Walmart, Target ou d’autres enseignes à répondre au même moment, la plateforme ne participe plus simplement au calendrier du commerce : elle contribue à l’écrire.

Le Black Friday ne disparaît pas, mais il n’a plus le monopole de l’urgence

Il serait excessif d’annoncer la fin du Black Friday. Les consommateurs continueront à attendre certaines catégories de produits, les remises de novembre resteront considérables et la proximité de Noël continuera naturellement à produire un sentiment d’urgence. Mais l’idée selon laquelle la grande saison commerciale commencerait véritablement à la fin novembre devient de plus en plus fragile.

Le mouvement est intéressant parce qu’il ne repose pas uniquement sur octobre. Amazon a également déplacé son grand Prime Day estival en juin en 2026, contribuant à créer un autre pic commercial en dehors des périodes traditionnelles. Progressivement, le commerce électronique ne fonctionne plus uniquement autour de quelques fêtes ou soldes héritées du calendrier. Les plateformes sont capables de fabriquer leurs propres événements, de les installer dans les habitudes et de transformer une date qui n’avait auparavant aucune signification particulière en rendez-vous de consommation.

Pour les consommateurs, cette multiplication peut donner l’impression de disposer de davantage d’opportunités. Pour les marques, elle complique considérablement la lecture du marché. Une promotion lancée en octobre peut désormais capter un achat destiné à Noël, tandis qu’une entreprise qui attend novembre peut découvrir qu’une partie de sa clientèle a déjà consommé son budget. Le calendrier cesse alors d’être simplement une question de communication. Il devient une variable de stratégie commerciale.

Pour les marques, préparer Noël en novembre devient de plus en plus tardif

Le premier impact concerne évidemment les stocks. Si une part croissante de la demande se manifeste dès octobre, les produits doivent être disponibles plus tôt, les prévisions doivent intégrer ces nouveaux pics et la logistique doit pouvoir absorber plusieurs vagues commerciales successives. Une entreprise peut parfaitement réussir son Black Friday sur le plan marketing et manquer une partie de la saison parce qu’elle n’avait pas identifié que ses clients avaient commencé leurs achats six semaines auparavant.

La même logique concerne les budgets publicitaires, les contenus, le CRM et les lancements de produits. Les campagnes qui servaient autrefois à préparer progressivement la période de Noël peuvent devoir entrer dans une logique de conversion beaucoup plus tôt. Les entreprises doivent également arbitrer entre plusieurs moments promotionnels sans diluer leurs marges sur trois mois. C’est précisément là que le calendrier rejoint la stratégie marketing : choisir le bon moment devient aussi important que choisir le bon message ou le bon canal.

Ce changement rend également les signaux de marché plus difficiles à interpréter. Un niveau de ventes décevant au Black Friday pourrait demain traduire non pas une baisse de la demande annuelle, mais une demande déjà captée en octobre. À l’inverse, un excellent événement d’automne pourrait simplement avancer des achats qui auraient eu lieu quelques semaines plus tard. Comme pour un prospect qui demande un devis sans nécessairement être prêt à acheter immédiatement, le moment où un signal commercial apparaît ne raconte pas toujours toute l’histoire de la demande.

Commencer plus tôt ne signifie pas faire trois mois de promotions

Le risque serait maintenant de tirer la mauvaise conclusion et de considérer que les marques doivent entrer en promotion permanente dès le début de l’automne. Si chaque enseigne répond à l’allongement de la saison commerciale en multipliant les remises, elle finit par apprendre au consommateur qu’aucun prix affiché n’est réellement définitif. Le client n’achète plus seulement en fonction de son besoin, mais en fonction de sa capacité à anticiper la prochaine réduction.

Nous avons déjà vu comment des outils de tarification toujours plus sophistiqués permettent aux entreprises de travailler beaucoup plus finement la sensibilité au prix. L’exemple récent de McDonald’s et de son moteur de tarification basé sur le machine learning montre à quel point le prix devient une variable stratégique dynamique. Mais optimiser chaque moment disponible ne signifie pas nécessairement qu’il faille occuper tous les moments. Une marque qui participe à chaque opération promotionnelle peut produire du chiffre d’affaires tout en détruisant progressivement la capacité de ses prix ordinaires à être crus.

L’enjeu consiste donc moins à commencer Noël le plus tôt possible qu’à comprendre comment les clients répartissent désormais leurs achats sur une période beaucoup plus longue. Certaines marques auront intérêt à prendre position en octobre. D’autres pourront volontairement conserver leurs offres les plus fortes pour novembre ou décembre. D’autres encore pourront choisir de ne pas entrer dans la guerre promotionnelle et utiliser cette période pour défendre la valeur, l’exclusivité ou la disponibilité de leurs produits. La bonne réponse dépend du positionnement, des marges, de la catégorie et du comportement réel des clients.

Noël devient une saison commerciale continue plutôt qu’une succession de dates

Le changement le plus important pourrait finalement être culturel. Black Friday, Cyber Monday et Noël continueront à exister, mais ils appartiennent désormais à une période de consommation beaucoup plus étendue, dans laquelle les frontières deviennent moins nettes. Le consommateur peut commencer à acheter ses cadeaux en octobre, compléter en novembre et terminer en décembre, tout en passant d’une plateforme à l’autre selon les offres disponibles.

Pour les entreprises, cette évolution impose de penser la fin d’année comme un parcours plutôt que comme une série d’opérations indépendantes. Il faut savoir quand créer l’intérêt, quand déclencher l’achat, quand préserver la marge et quand accepter qu’une partie de la demande a déjà été captée. La performance commerciale ne dépendra plus uniquement de la capacité à réussir le Black Friday, mais de la cohérence avec laquelle l’entreprise pilote toute la saison.

Amazon montre surtout qu’une entreprise suffisamment puissante peut transformer le calendrier lui-même en avantage concurrentiel. Les Prime Big Deal Days ne sont pas devenus importants parce que le 6 octobre possédait naturellement une valeur commerciale particulière. Ils le sont devenus parce qu’Amazon a réussi à installer ce rendez-vous dans les habitudes de millions de consommateurs et à contraindre progressivement une partie du marché à réagir autour de lui.

La prochaine bataille de Noël ne portera donc pas uniquement sur les prix ou la visibilité. Elle portera aussi sur une ressource que les marques considéraient autrefois comme fixe : le moment où les clients décident d’acheter.

Si l’évolution de vos marchés ou des comportements d’achat oblige votre entreprise à revoir son calendrier, son positionnement ou ses priorités commerciales, nous pouvons en discuter.

Rédigé par Julien Ricciarelli-Bonnal

10 octobre 2026

23 Av. René Coty, 75014 Paris (France)
(+33) 09 72 19 21 58
info@ricciarelli.eu

Suivez-nous :

ENTRER EN CONTACT

Un projet ? Une idée en tête ? Une envie de progresser ? Nous sommes là !

Copyright © Ricciarelli Partners 2025