
Article de Julien Ricciarelli-Bonnal
26 novembre 2025
Le test que 99 % des PME ne font jamais
Dans un monde où tout semble mesurable, analysable et optimisable, une réalité demeure étonnamment fréquente : la plupart des PME ignorent totalement ce que vivent leurs prospects lorsqu’ils arrivent sur leur site. Elles dépensent du temps, de l’énergie et parfois des budgets importants pour attirer un visiteur, mais ne s’intéressent jamais à la manière dont celui-ci navigue, hésite, décroche, revient ou abandonne. Il existe pourtant un test simple, accessible, souvent gratuit, que presque aucune entreprise ne réalise : observer, concrètement, le parcours réel d’un prospect, non pas tel qu’on l’imagine, mais tel qu’il se déroule. Et c’est précisément cette absence d’observation qui crée la majorité des pertes d’acquisition.
Le fantasme du parcours client idéal
Dans l’esprit de nombreux dirigeants, le parcours client ressemble à un chemin logique, presque linéaire : on arrive sur la page d’accueil, on comprend l’offre, on clique vers les services, on lit, on remplit le formulaire. Cette vision rassure, car elle donne l’impression d’un système clair et maîtrisé. La réalité, elle, est radicalement différente. Un prospect peut arriver depuis une page profonde, scroller sans comprendre, cliquer sur un menu qui ne mène à rien, taper un mot qui n’existe pas dans le moteur interne, ou revenir trois fois avant de simplement trouver où se situe l’information principale. La navigation réelle n’a rien à voir avec la navigation idéale, et c’est précisément pour cela que l’analyse du comportement utilisateur est indispensable.
Les outils qui permettent d’observer ce parcours sont pourtant simples : heatmaps, enregistrements de sessions anonymisées, cartes de scroll, analyses de clics, sondages contextuels, tests utilisateurs rapides. Rien de complexe, rien de coûteux. Mais le simple fait de regarder quelques sessions filmées suffit à révéler des zones d’incompréhension que l’on ne détecte jamais depuis l’intérieur de l’entreprise. C’est même souvent un moment brut, presque violent : voir quelqu’un chercher ce qui nous semble évident rappelle à quel point la perspective interne est aveuglante.

Quand l’incompréhension coûte plus cher que le trafic
L’un des paradoxes les plus marquants dans la gestion de l’acquisition est la manière dont les entreprises investissent massivement dans l’amont — SEO, réseaux sociaux, campagnes sponsorisées — mais quasiment jamais dans la compréhension de ce qui se passe en aval. Elles cherchent à attirer toujours plus de visiteurs sans se demander si ces visiteurs comprennent réellement ce qu’on leur dit. Elles pensent que leur site est clair parce qu’il leur semble clair, que leur offre est lisible parce qu’elles la connaissent par cœur, et que leur navigation est fluide parce qu’elles l’utilisent chaque jour.
La vérité est tout autre : la majorité des points de friction ne sont jamais identifiés, car personne ne les observe. Une landing page trop longue, un bouton mal placé, un argument noyé dans un paragraphe, un formulaire trop intrusif, un vocabulaire trop technique, une hiérarchie visuelle qui ne reflète pas l’importance stratégique du message — tout cela crée des micro-abandons qui, cumulés, font fondre les conversions. C’est d’ailleurs pour cela que des entreprises sollicitent du consulting marketing, non pas pour refaire leur site, mais pour détecter les angles morts, les incohérences, les frictions invisibles qui sabotent leur acquisition.
Le test qui change tout : regarder une session utilisateur, sans intervenir
Il existe un test d’une simplicité presque déconcertante : demander à une personne externe — pas un client, pas un collègue, pas un expert — d’utiliser le site pendant trois minutes, sans explication, sans aide, sans orientation. Ce test, lorsqu’il est honnêtement observé, produit souvent un électrochoc. On y voit immédiatement les moments où la personne hésite, où elle lit trois fois la même phrase, où elle cherche un bouton qui n’existe pas, où elle clique au mauvais endroit, où elle abandonne parce qu’elle ne comprend pas ce que l’entreprise propose. Ces trois minutes valent parfois plus qu’une refonte entière.
Pourquoi ce test fonctionne-t-il si bien ? Parce qu’il reproduit la réalité : le prospect arrive sans contexte, avec une attention fragile, avec une intention floue, et il décide très vite si l’entreprise mérite son temps. Ce moment de vérité détermine tout le reste du cycle d’acquisition. Une page mal structurée, une proposition de valeur floue, une absence de preuves ou un manque de cohérence visuelle peuvent faire perdre un prospect en quelques secondes. À l’inverse, une page claire, structurée, focalisée, pensée pour guider le regard, comme une vraie landing page, donne immédiatement un sentiment de compréhension et de maîtrise.
La vérité que les PME ne veulent pas voir
La plupart des entreprises pensent avoir un problème de visibilité, alors qu’elles ont un problème de compréhension. Elles s’imaginent manquer de trafic, alors qu’elles manquent de clarté. Elles pensent que leur site n’est pas “assez beau”, alors qu’il n’est simplement pas assez lisible. L’analyse du comportement réel oblige à affronter cette réalité : un prospect ne pense pas comme l’entreprise pense, ne cherche pas comme elle cherche, ne lit pas comme elle lit. Tant que les dirigeants n’acceptent pas de confronter leur intuition à l’observation froide, ils continueront à perdre des clients sans comprendre pourquoi.
Ce test, que presque personne ne réalise, est pourtant le plus puissant de tous. Il révèle les failles, les angles morts, les incompréhensions, les zones de confusion. Il oblige à simplifier, à clarifier, à structurer, à hiérarchiser. Il transforme une communication interne en véritable stratégie utilisateur. Et c’est précisément cela qui fait la différence entre une acquisition qui fonctionne et une acquisition qui s’effondre sans prévenir.
Rédigé par Julien Ricciarelli-Bonnal
26 novembre 2025

