
Article de Julien Ricciarelli-Bonnal
27 mai 2026
Le retour brutal des contraintes économiques
Pendant plusieurs années, une partie du monde de l’entreprise a largement mis en avant une culture du bien-être interne. Multiplication des Chief Happiness Officers, responsables du bonheur au travail, événements permanents, communication ultra positive, espaces de détente et discours centrés sur “l’expérience collaborateur” : certaines entreprises avaient fait du corporate feel good un véritable marqueur identitaire.
Dans de nombreuses entreprises, la période actuelle est marquée par davantage de prudence : ralentissement des recrutements, réduction des coûts, pression sur la rentabilité et retour à des objectifs beaucoup plus opérationnels.
Dans ce contexte, certaines fonctions jugées trop éloignées du cœur de l’activité commencent discrètement à disparaître ou à perdre de l’importance. Les postes associés au bien-être interne, à la culture corporate ou à certaines dimensions très symboliques de l’entreprise font parfois partie des premiers concernés.
Le sujet reste évidemment sensible, car peu d’entreprises communiquent ouvertement sur ce type d’arbitrage. Pourtant, plusieurs signaux apparaissent déjà, notamment aux États-Unis et dans certaines structures européennes où les directions cherchent à recentrer les ressources sur les fonctions directement liées à la performance, à la production ou au développement commercial.
Une remise en question du modèle startup des années 2010
Cette évolution traduit aussi une transformation plus profonde de la culture d’entreprise héritée des années 2010. Pendant longtemps, certaines startups ont construit leur image autour d’un environnement ultra positif, parfois proche d’un modèle “campus” : bureaux design, avantages internes, événements permanents et communication centrée sur l’épanouissement personnel.
Mais dans un environnement économique devenu plus tendu, beaucoup d’entreprises semblent revenir à une approche plus pragmatique. Les dirigeants cherchent désormais davantage à renforcer la stabilité financière, la productivité ou la solidité opérationnelle plutôt qu’à multiplier les symboles de modernité corporate.
Cela ne signifie pas forcément que le bien-être au travail disparaît. En revanche, certaines entreprises semblent progressivement considérer que ces sujets doivent rester connectés à une logique de fonctionnement réel et non devenir des éléments de communication déconnectés des priorités économiques.
Le problème n’est pas le bien-être, mais parfois son artificialisation
Le sujet est d’ailleurs plus complexe qu’une simple opposition entre “humanité” et “performance”. Beaucoup de dirigeants continuent évidemment de considérer que l’ambiance de travail, la qualité managériale ou l’équilibre interne restent essentiels pour fidéliser les équipes et maintenir un environnement sain.
Mais une partie du monde économique semble aujourd’hui rejeter certaines formes de corporate feel good jugées trop artificielles, trop symboliques ou trop éloignées du quotidien réel des salariés.
Dans certaines entreprises, les collaborateurs acceptaient de moins en moins le décalage entre les discours très positifs affichés publiquement et la réalité opérationnelle vécue en interne. Cette contradiction a probablement contribué à fragiliser certains modèles très centrés sur l’image du bonheur au travail.

Les entreprises reviennent vers le concret
Le climat actuel pousse beaucoup de directions à revenir vers des sujets considérés comme plus directement stratégiques : efficacité opérationnelle, rentabilité, développement commercial, stabilité financière ou structuration de l’activité.
Dans ce contexte, les entreprises cherchent souvent à distinguer ce qui produit une vraie valeur de ce qui relève davantage de l’affichage corporate. Cette logique dépasse d’ailleurs largement les seuls postes liés au bien-être interne. Elle touche progressivement de nombreuses dimensions du fonctionnement des entreprises.
C’est précisément dans ce type d’environnement que les approches liées à l’Expertise marketing ou aux Interventions stratégiques et commerciales prennent une importance particulière : les entreprises cherchent moins de discours symboliques et davantage de décisions capables de produire des résultats tangibles.
Une évolution qui reflète le changement d’époque
Au fond, la disparition progressive de certains postes “feel good” raconte surtout quelque chose de plus large sur l’évolution actuelle du monde économique.
Les années d’hypercroissance, d’argent abondant et de valorisation permanente de la culture startup semblent progressivement laisser place à un environnement plus prudent, plus tendu et plus orienté vers l’efficacité opérationnelle.
Et dans ce nouveau contexte, certaines entreprises paraissent désormais considérer que la crédibilité interne ne se construit plus uniquement avec des symboles de modernité ou des discours positifs, mais avec des structures capables de fonctionner durablement dans le réel.
Rédigé par Julien Ricciarelli-Bonnal
27 mai 2026

